Dette : l’agence de notation américaine S&P va délivrer la première note de la France sous le gouvernement Bayrou
Ce vendredi 28 février, l’institution dira si l’état des finances publiques françaises est tel qu’elle doive abaisser la note souveraine de la France, aujourd’hui AA- avec «perspective stable».
L'agence de notation américaine S&P dira vendredi si l'état des finances publiques françaises est tel qu'elle doive abaisser la note souveraine de la France, premier test en la matière pour le gouvernement de François Bayrou. C'est en effet la première fois que la France sera évaluée depuis que le premier ministre, dans un paysage politique totalement morcelé depuis la dissolution de l'Assemblée nationale décidée le 9 juin par Emmanuel Macron, a réussi à faire adopter par 49.3 ce mois-ci le budget de l'État et celui de la Sécurité sociale, sans être censuré comme son prédécesseur Michel Barnier.
Actuellement, S&P note la France AA- avec «perspective stable», c'est-à-dire que la note ne devrait pas être dégradée à brève échéance. L'agence Moody's la classe exactement de la même façon (Aa3 avec perspective stable) et Fitch la note AA- aussi, mais avec une perspective négative. Avec ces notes, la France a encore une «haute qualité» de crédit, l'équivalent d'un 17/20. Une note abaissée la classerait en «qualité moyenne supérieure». Avec cette note-là, les investisseurs continueraient à acheter sa dette, remarque Stéphane Colliac, économiste chez BNP Paribas, d'autant que l'économie française apparaît comme diversifiée et que sa situation n'affole pas les marchés actuellement.
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Éric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management, n'exclut pas que S&P «reste bienveillant», en ne touchant pas à la note. Mais «abaisser la perspective à négative, ça se justifierait», estime-t-il. L'économiste observe que, malgré l'adoption du budget, il n'y a guère eu de progrès dans les finances publiques françaises depuis la dernière notation de S&P, le 29 novembre. «Le constat ne devrait pas être brillant» sur le déficit public que surveille l'agence, observe-t-il : «après tout un grand théâtre dramatisé autour du budget», on s'apprête seulement à passer d'un déficit de 6 ou 6,1% du PIB en 2024 à un déficit de 5,4% cette année, évolution qui ne représente «presque rien», selon lui.
De surcroît, les améliorations budgétaires reposent beaucoup sur des hausses de prélèvements dont «la moitié est présentée comme temporaire» - comme la surtaxe d'impôt sur les sociétés des entreprises réalisant plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires, annoncée pour une durée d'un an: «donc on reporte l'effort structurel sur les années suivantes», remarque Éric Dor. Côté croissance, S&P misait fin novembre sur une croissance de 1% en 2025, et le gouvernement attend 0,9%, estimation haute mais «atteignable» selon Stéphane Colliac.
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Lui juge que les choix budgétaires du gouvernement Bayrou, plus centrés sur les finances de l'État que ceux de Michel Barnier, lui donnent «plus de contrôle» que s'ils portaient davantage sur la maîtrise des dépenses sociales ou de celles des collectivités locales, le solde de tous ces comptes constituant le déficit public. Ce qui inquiète particulièrement Stéphane Colliac est la dette, qui atteignait 3303 milliards d'euros à la fin du 3ème trimestre, et surtout la charge d'intérêts que celle-ci engendre, qui selon les calculs de BNP Paribas ne tardera pas à frôler les 3% du PIB.
Or, le gouvernement s'est engagé auprès de Bruxelles à ramener le déficit public à 3% du PIB en 2029. Si la charge d'intérêts s'envole, il faudra que les comptes publics soient à l'équilibre hors charge de la dette, observe Stéphane Colliac. Ce qui est «compliqué». S&P choisira-t-elle de considérer le verre à moitié plein ? Un ministre confie que la décision est attendue avec un peu d'anxiété, et assure qu'en tout cas, Éric Lombard, le ministre de l'Économie, a demandé à tous ses collègues de vérifier en permanence que l'évolution de leur budget ne compromettait pas l'objectif d'un déficit public contenu à 5,4% du PIB en fin d'année.
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