Une souveraineté obsolète
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Leur règne consiste seulement à se réunir un moment chaque jour et à conjuguer le verbe : je suis souverain, tu es souverain, nous sommes souverains. Pauvres rois candides… comment une illusion se brise.
Juan Rico Amat
Pour le juriste Reynaldo Reyes Rosas avec admiration et solidarité.
L’abstraction juridico-politique du concept de souveraineté est une relique inutile au XXIe siècle. Vouloir se cacher derrière cela ne provoque que du découragement et un manque de leadership. Ce sont des signes de faiblesse et d’illégitimité. Un examen des discours des dirigeants confirme qu'il a été écarté, il ne dit plus rien.
En termes très simples, la souveraineté signifie la concentration du pouvoir. Ses racines étymologiques sont super omnia : au-dessus de tout. Elle remplace l' auctoritas et la majesta de la Grèce et de Rome. Son « pouvoir de commandement, pouvoir absolu, pouvoir indivisible ». Son auteur, Jean Bodin, a conçu le concept en 1576 dans Les Six Livres de la République dans le but de consolider l'absolutisme français et espagnol. Ce sont les règnes d'Henri III et de Philippe II, qui affrontent les seigneurs féodaux et le pouvoir de l'Église. Bodin était cependant un fervent partisan du droit éternel auquel le souverain doit se soumettre. Elles constituaient les étapes préliminaires de la formation des États nationaux européens.
En 1648, la guerre prit fin et fut signée la paix de Westphalie, document issu du premier congrès diplomatique moderne et à l'origine de la théorie politique qui a généré les concepts fondamentaux. C’est ici qu’émergent des penseurs qui, reprenant les thèses des droits de l’homme, parlent de droit international.
Locke, avec la chute de Jacques II d'Angleterre (1689), marque le début du partage des pouvoirs et de l'assemblée parlementaire. En 1776, Rousseau incorpore un élément supplémentaire, « la volonté générale », et commence à parler de « souveraineté populaire ». Cet exercice audacieux et arbitraire culmina en Prusse lorsque Frédéric II écrivit son Anti-Machiavel en 1739 et, conseillé par Voltaire, posa les bases de ce qu'on appellerait au XIXe siècle « l'État de droit ».
Hermann Heller, grand théoricien politique, a écrit un texte volumineux sur l’évolution du terme. En l'interprétant, nous pourrions percevoir son évolution et ses éléments :
1. La nécessité d’une force reconnue comme suprême pour organiser la société et façonner l’État.
2. La limitation de ses pouvoirs afin qu’elle atteigne son but ultime : le bien commun.
3. Le soutien de la légitimité qui s’obtient par l’adhésion à la légalité.
4. Avec la création de la Société des Nations (1919), le droit est devenu étroitement lié au droit des autres nations.
5. Sa justification est obtenue grâce à la participation citoyenne.
Au Mexique, le mot nous a envahi dès le début de notre vie indépendante. Au XXe siècle, nous avons commencé à parler de manière grotesque de souveraineté énergétique et alimentaire. Ils l’ont confondu avec l’autosuffisance et l’autarcie. Aujourd’hui, la présidente Claudia Sheinbaum l’utilise sans retenue et tombe dans des incohérences effroyables sans comprendre que la plus grande menace à la souveraineté susmentionnée ne vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur, minant de plus en plus sa propre hiérarchie.
Autant que je me souvienne, l’exécutif fédéral n’a jamais été aussi faible en seulement cinq mois de gouvernement. Le grand danger est l’anarchie et la décomposition sociale. Il n’y a pas un seul front qui ne soit pas contesté. En ignorant cette grave crise, masquée par la soumission abjecte de ses dirigeants et l’influence néfaste de son prédécesseur, on voit apparaître des signes évidents de détérioration de la stabilité politique et de la gouvernabilité.
Il est urgent de reconnaître notre réalité pour assumer le rôle et les tâches qui correspondent à la Présidence de la République. C’est-à-dire obéir au mandat citoyen. Continuer à se vanter d’un soutien populaire artificiel et à mener des changements inutiles et nuisibles est une attitude suicidaire dont nous paierons tous les conséquences.
excelsior